Exposé de Guy Georges
Publication : juin 2005

| Les chapitres |
| Tout le monde connaît Guy Georges à la FGR-FP et bien
au-delà car iI a marqué de son empreinte le syndicalisme des dernières
décennies . Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels figure un essai intitulé "Laïcité, pierre angulaire de la République ...ou faux nez" publié aux étitions Romillat. Lors de la commission exécutive nationale de la FGR-FP, les 22 et 23 mars 2005, son intervention sur le thème de la laïcité fut fort appréciée. Elle figure intégralement dans ce dossier. |

Cette question nous est posée aujourd’hui
par rapport au
fonctionnement de la République et à
la loi fondamentale du 9 décembre
1905,
(loi qu’il importe moins de commémorer que d’appliquer
réellement
et qui traduit une conception authentique de la laïcité
d’un État.)
Cette conception est biaisée depuis un demi siècle (lois antilaïques de 1951), d’où une clarification nécessaire.
Un survol de 1500 ans d’histoire permet une mise en perspective historique de l’évolution des comportements individuels et sociaux, au regard des religions dominantes (pour nous, le christianisme). Depuis le moment ou Augustin (4e siècle) sépare la « cité de Dieu » en 2 mondes, le monde céleste (les élus….) et le monde terrestre (sous le coup du péché originel et du rachat) on peut relever quelques constantes :
Le mouvement scientifique et philosophique n’a cessé – et ne cessera pas – d’approcher les réponses aux mystères de la vie. Il s’accélère même et prend des dimensions surhumaines. Par conséquent, ce mouvement ne cesse de remettre en question les vérités d’hier. « Croire ou savoir » disait déjà Platon.
Les religions – ou plus exactement leurs dirigeants – ont constamment cherché à se préserver de la modernité parce que cette modernité était un danger mortel pour le dogme, c'est-à-dire la vérité, établie une fois pour toutes, et qui ne devait en aucun cas être discutée. On peut situer la réaction organisée du christianisme au 13e siècle, sous l’impulsion de Thomas d’Aquin.
- Première explosion significative de la connaissance avec Copernic : la terre n’est pas le centre du monde !
- En même temps, on redécouvre tout un passé que le christianisme avait voulu enfouir dans l’oubli : toutes les découvertes, études de l’antiquité sur l’astronomie, la médecine, les sciences. Avec comme principal véhicule les arabes et l’islam, installés depuis des siècles au sud de l’Espagne. C’est la voie ouverte à toute remise en question, c’est la voie ouverte au mouvement de Renaissance.
Par l’inquisition.
On va le maintenir à l’écart en formant, dans des « écoles confessionnelles» ceux qui auront pour mission de le maintenir dans le dogme, dans une ignorance calculée et dans la crainte de l’enfer.
De cet affrontement se dégage, au cours des siècles, une constante érosion du pouvoir des clercs, peu à peu dessaisis de pans entiers de pouvoir temporel. C’est le mouvement continu de sécularisation qui consiste à faire basculer dans le monde terrestre, les biens et personnes de l’État ecclésiastique : le clergé séculier est différent du clergé régulier.
Était laïque ce qui n’était pas religieux. La confusion perdure dans les dictionnaires et dans beaucoup d’esprits, ce qui est commode pour opposer laïcité et religion. La confusion est également entretenue par les commentaires qui affirment, par exemple, que l’Irak de Saddam Hussein était un État laïque !!
Les tensions vont s’exacerber avec les philosophes du siècle des lumières et les encyclopédistes qui rejettent l’assujettissement de la pensée par le pouvoir religieux (Condorcet, Rousseau).
Locke en Angleterre, Kant en Allemagne ont les mêmes réactions qui s’affirment au cour de la 2e moitié du 18e siècle puis tout au long du 19e.
Revenons en France, lors de la révolution de 1789.
La
sécularisation est un transfert de pouvoir, du spirituel au temporel. La
laïcisation de la société va ajouter une dimension autrement ambitieuse,
marquée par deux articles de la déclaration des droits de l’homme.
Art
1 : les
hommes naissent libres et égaux.
C’est la rupture avec le dogme qui voulait que l’être humain naisse
soumis à Dieu pour se racheter du péché originel.
Art 10 : nul ne peut être inquiété pour ses opinions, y compris
religieuses.
On peut donc avoir une opinion non religieuse. C’est l’inclusion de la
liberté de conscience. Les humains sont libres de croire ou de ne pas
croire.
Cette liberté de conscience, l’Église catholique va la combattre
jusqu’à aujourd’hui.![]()
Ainsi le triptyque républicain liberté – égalité – fraternité est
inclus dans ces deux articles. Il sera formalisé par le rapport
Condorcet d’avril 1792 :
-
séparation des Églises et de l’État
- suppression des inégalités entre citoyens éclairés et le peuple
maintenu dans l’ignorance pour être plus facilement soumis
- fonctionnement de l’État indépendant du pouvoir religieux.
Ce sont les
trois conditions nécessaires et suffisantes de la laïcité
de l’État.
Il est normal qu’elles s’appliquent d’abord à l’enseignement soumis à
l’Église depuis le 13e siècle.
Ces valeurs bousculent l’expression et l’organisation de la société.
La rupture sera violente. L’Église sera le fer et lance de la
contre-révolution : guerre de Vendée, 10 août 1792…![]()
La proclamation de la République, le 20 septembre 1792, entraîne deux actes de laïcisation :
- le transfert de l’État civil aux communes
- le calendrier républicain
La laïcité sera l’enjeu d’affrontements tout au long du 19e siècle, d’une part entre la marche inéluctable vers la démocratie et la laïcisation des institutions et d’autre part le couple royauté/église.
Observons que, dès l’origine, la laïcisation n’est pas anti-religieuse.
Les références à Dieu perdurent dans l’enseignement.
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Sources :
Thèse de Benoît Mely (De la
séparation des églises et de l’école, mise en perspective historique)
éditée par Cahiers libres,
Editions Page deux.
Essai de Guy Georges : Laïcité,
pierre angulaire de la république ou faux nez
Editions Romillat, 17 Rue Pascal, Paris 5e