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LAÏCITÉ, PIERRE ANGULAIRE DE LA RÉPUBLIQUE …OU FAUX NEZ ? (suite)

 

Les chapitres du dossier

Le XIXe siècle (cette page)

Mise en perspective
De la sécularisation à la laïcité

 

 

 

Laïcité,
valeur permanente

La laïcité n’est pas je ne sais quel accommodement à des exigences particulières.
Elle est fondée sur les valeurs permanentes issues du triptyque révolutionnaire : liberté, égalité, fraternité.
Elles ont été rappelées excellemment par Henri Pena-Ruiz :

- la liberté de conscience étayée par l’autonomie de jugement
- l’égalité de tous sans distinction d’opinions spirituelles
- l’universalité de la loi commune assurée par la puissance publique.

Dès lors, le seul chemin que trace la laïcité n’est pas le communautarisme, la juxtaposition précaire de communautés. C’est de

conduire femmes et hommes, par delà leurs différences, leurs convictions, à rechercher ensemble et établir les formes d’organisation et de règles de la vie commune.

 

En conséquence, ce n’est pas à l’État de s’organiser en fonction des particularismes. Au contraire, c’est à ceux-ci de s’organiser en fonction des lois de l’État. Tel est le fondement de la loi de 1905 qui a institué une double garantie de la vie collective.

Tel est ce principe fondamental qu’il importe de sauvegarder et d’appliquer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le XIXe siècle


Il faut s’arrêter un moment au 19e siècle au cours duquel on va percevoir de plus en plus nettement la différence entre cléricalisme – pouvoir d’Église – qui est combattu - et religion qui n’est pas en question.

Cette confusion est toujours entretenue par les adversaires (faux nez) de la laïcité.

Le 19e siècle est un siècle de luttes marqué par trois révolutions, 1830, 1848, 1871.

A chaque fois il y a conjonction d’intellectuels libéraux qui reprennent les idées de 1789 et du prolétariat naissant confronté à l’industrialisation, à l’exploitation et à la misère qui le poussent à la révolte.
A chaque fois le peuple est dessaisi de sa victoire par le couple monarchisme/Église qui impose l’ordre moral.
A chaque fois les notions de liberté, de solidarité progressent. Le rejet de la « charité chrétienne » conduit à l’apparition des mutuelles, des coopératives et du syndicalisme.
A chaque fois l’aspiration à la démocratie progresse en même temps que la fracture avec l’Église s’accroît.

La période 1850/1880 est significative du mouvement vers la séparation des Églises et de l’État. Et le mouvement est simultané en France, en Allemagne ou en Angleterre. Mais le contexte national va infléchir ce mouvement.

En Angleterre

le mouvement ouvrier se déchristianise mais n’a pas les rênes du pouvoir. La classe politique n’est pas coupée de l’Eglise (anglicane) souple et obéissante. La loi Forster (1870) du gouvernement libéral privilégie le financement de l’enseignement confessionnel plus sûr, et admet des écoles laïques sans religion.

En Allemagne

le Reich est constitué en 1871 autour de la Prusse.
Bismarck lance le Kulturkampf contre l’Église catholique. Les milieux progressistes sont divisés.
Liebknecht espère infléchir progressivement le Kulturkampf pour aller vers la séparation.
Karl Marx et Engels ne croient qu’à une victoire politique et créent le SPD en 1875.
Bismarck constate que sa politique du Kulturkampf profite aux socialistes. Il marque un coup d’arrêt et oriente l’enseignement vers l’école patriote avec les religions à égalité (cf statut Alsace-Moselle)

Et en France ?

Le mouvement ouvrier est meurtri par la révolution de 1848. Il s’écarte de la politique et de l’Église.
Le bouillonnement scientifique provoque un grand retentissement (Darwin, Auguste Comte).
La science contredit le dogme.
De grandes voix intellectuelles prônent l’affranchissement de la pensée et le rejet de l’endoctrinement (Quinet, Hugo).

On assiste à trente années d’un affrontement très rude par la violence de la réaction de l’Eglise catholique.
Pie IX (1864), par son Syllabus, déclare la guerre à la liberté de conscience et à la démocratie.
Les trois dernières décennies sont une bataille sans merci.

Huit ans s’écoulent entre la proclamation de la République (septembre 1870) et sa victoire (démission de Mac Mahon en 1879)
La République fait face à trois dangers :

- la tentative de coup d’État monarchique (1876)
- la tentative de coup d’État du général Boulanger
- l’affaire Dreyfus où l’Église est encore une fois du côté de l’injustice.

Pour les républicains c’en est trop : il faut séparer Églises et État si l’on veut conforter la République et la démocratie.

Une première étape est franchie en 1904

avec une loi interdisant d’enseigner aux congrégations, convaincues de propagande anti-républicaine dans leurs écoles.

La loi du 9 décembre 1905

L’élaboration de la loi a duré de mars à décembre.

Trois tendances existent dans les partis républicains :Combes

 

- l’extrême gauche (Blanqui, Combes) qui souhaite carrément interdire l’église catholique. C’est une laïcité de combat qui rappelle la constitution civile du clergé avec une église officielle, sous contrôle et antivaticane.
 

Jules Simon

 

- à l’opposé ou trouve Jules Simon qui défend une option spiritualiste prônant la neutralité entre les diverses approches du spiritualisme, cette thèse exclut l’incroyance.

Paul Bert

 

- enfin Paul Bert pour qui la neutralité doit s’appliquer aussi bien aux athées qu’aux croyants. Il souhaite trouver une organisation qui respecte les deux. On en revient à la liberté de conscience.

Jaurès

 

 

Jaurès fera pencher la balance pour une indépendance réciproque, État et toutes formes de croyances.

 

Rappeler ces éléments du débat est nécessaire parce que, de manière hypocrite, il a été et est relancé.

L’article 1 de la loi affirme la liberté de conscience. Or on se réfère aujourd’hui, de manière réductrice, à la liberté religieuse.

On dit ne pas vouloir toucher à la loi, mais elle est contournée, on cherche à « partager l’espace »,

selon Stasi ou Baubérot, c'est-à-dire faire la place à un nouvel arrivant, l’Islam.

Les faux nez

Il importe moins de commémorer une loi fondamentale qu’on transforme en une auberge espagnole

que d’imposer sa véritable signification dans les faits.

Les faux nez sont ceux qui ont affublé la laïcité d’épithètes : ouverte, apaisée, généreuse, comme si la laïcité d’avant était condamnable et que maintenant on en invente une nouvelle en opposant une conception moderniste à une conception conservatrice.

Dans ce camp on trouve ceux qui allèguent à tout propos la laïcité alors qu’ils ont porté un coup terrible en 1951 (loi Barangé) et depuis, avec les autres lois antilaïques (Guermeur)…

C’est bien sûr la droite qui va du centre à l’extrême droite et, comme toujours, l’enseignement a été le terrain de l’attaque.

Mais on trouve aussi ceux qui se réclament du camp laïque qui prônent une laïcité «ouverte».

Pour eux, il s’agit d’inclure la religion musulmane dans les institutions et de revenir à une approche minoritaire en 1905 : neutralité vis-à-vis des religions, s’en tenir à la liberté religieuse et additionner les religions au fur et à mesure de leur poids, alors que le principe de la loi de 1905 est une liberté de conscience totale et la séparation de ce qui relève du domaine public et de ce qui relève du domaine privé.

Les uns et les autres se rejoignent – conscients ou non – pour donner de la laïcité une image fausse et contribuer à l’assimiler à une opposition à la religion.

La loi de 1905 n’a pas instauré une laïcité de combat, elle a réagi au cléricalisme.

Les atteintes à la laïcité de l’enseignement se sont étendues à la laïcité de l’État avec deux dérives :

- la dénaturation du service public.

En utilisant l’expression « mission de service public » on est parvenu à subventionner des entreprises privées.

- le communautarisme, qui n’est pas que religieux. Il est aussi régional, professionnel…

Aujourd’hui, pour faire simple, l’article 2 de la loi de 1905 est toujours rédigé ainsi :
« L’Etat ne reconnaît aucun culte ».
Mais dans les faits il est compris comme : « L’Etat reconnaît tous les cultes ». Les propositions du rapport Stasi en portent témoignage.

Il faut revenir aux fondamentaux.
 


  Sources :
Thèse de Benoît Mely (De la séparation des églises et de l’école, mise en perspective historique) éditée par Cahiers libres,
 Editions Page deux.
Essai de Guy Georges : Laïcité, pierre angulaire de la république ou faux nez
Editions Romillat, 17 Rue Pascal, Paris 5e

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